mercredi 19 mai 2021

Retour au Terrassistan



J’appartiens à un peuple qui a beaucoup souffert. Privé de sa terre pendant trop longtemps. Les autorités internationales lui ont fait miroiter pendant une décennie un retour au pays. Mais ce peuple a dû patienter. La cause palestinienne à côté c’est du Disney, 

Oui vous l’avez compris : je suis un terrassistanais 


Moi et mon peuple allons réintégrer bientôt le Terrassistan, c’est historique.


Sur cette photo historique la table blanche que vous apercevez n’est encore qu’à l’état d’illusion. 


Mais le grand rêve du retour au Terrassistan sera bientôt une réalité.


Bien sûr notre pays, notre Hinterland est encore à reconstruire. Il y a d’abord la reconquête sur les pigeons Crétins et les clodos. Il y a aussi cette subtile acculturation qu’exige la communication avec un serveur parisien à barbe et à collier tribal. Ne parlons même pas de la souffrance endurée devant le percing nasal d’une serveuse portant crête bleues à chacune de ses extrémités poilues. 


Le retour au Terrassistan sera à l’évidence une aventure.


Il s’agira aussi de financer la réimplantation. Les commerçants du coin, que nous avons plaint pendant 6 mois, vont ils se plaindre pour nous asséner l’augmentation carabinée du prix du demi comme une juste taxe validée par St Thomas d’Aquin ?  (ignares : il fut le premier à parler du juste prix).


Au Terrasistan il faudra bien sûr continuer à lutter contre le punk à chien largement aussi crasseux qu’agressif, contre les voisins de table qui s’engueulent au sujet de Melenchon (« c’est un génie » « non c’est une génisse »), le tubard qui clope un paquet à chaque gorgée de bière et le pubard qui jure toutes les trois secondes que « c’est inouï ce que je kiffe ce moment ».


Au terrassistan tu regarderas les filles passées ou les mecs si t’es PD.


Voilà. Bienvenue en terrasse. 


C’est comme avant sauf que ça fait 6 mois que tu te disais que revenir en terrasse était le Walhalla alors que c’est juste ça.

lundi 10 mai 2021

Mitterrand et la 304 de Papa !


Les archives de l’INA sont trompeuses. Tout le monde n’a pas aperçu sur l’écran en direct le crâne déplumé et la mine pixelisée de françois Mitterrand.  J’ai raté ce spectacle formidable de la victoire fixée en un lever de rideau télévisé à quelques minutes près !


Nous au soir de ce 10 Mai historique nous étions sur la route. Car précisément mes parents revenaient de voter. Et le bureau de vote était éloigné de notre domicile. Plus de 200km. Mon père et ma mère avaient voté dans le Gard. Puis nous étions  « remontés » sur le plateau ardéchois dans le centre de la France au Puy en Velay, chez nous.


J’avais 7 ans et demi. Le socialisme pour moi c’était les discussions à table et la connivence entre mon grand-père instituteur et mon père conseiller d’éducation et les tensions entre mon grand-père viticulteur et Giscardien avec le versant « rose » de sa famille.


Comme dans la chanson de Sardou, dans le Vaucluse on vénérait la droite et on était du côté du curé, dans le Gard rouge on était ouvrier et on crachait sur les croix.


En ce 10 Mai la route avait été longue. Et, dérèglement climatique ou dérèglement de mes souvenirs, il y avait eu une tempête du côté de la côte de Mayres  en Ardèche.


Nous sommes enfin arrivés devant la grille du lycée Simone Weil, la philosophe, pas la ministre. La grille était marron, la 304 blanche, l’intérieur en faux cuir était rouge ! Et notre sang était rose. Car tous les 4 avec ma sœur du haut de ses 3 ans, et même si nous les enfants agissions par mimétisme, nous sentions que la soirée allait être formidable en émotion. 


Les journalistes radios faisaient durer le suspense. Impossible de vous dire quelle station nous écoutions, simplement je me rappelle que c’est au moment où on a fait glisser la lourde grille sur son rail pour entrer dans la cour du lycée que l’information est tombée ! Mitterrand Président !


Mon père sautait de joie. Notre appartement de fonction se trouvait au 4ème sans ascenseur il a galopé dans les escaliers pour apercevoir les images à la télé !


Nous sommes montés clopin clopant avec maman qui était joyeuse mais plus modérée, son cœur penchant à droite avant sa conversion au socialisme.


Nous portons tous en nous notre 10 Mai. Pour moi c’est la Peugeot 304 et la grille du lycée qui s’ouvre et la joie de mon père sautillant. 


En France nous fûmes nombreux à sautiller je le crois....

samedi 8 mai 2021

« Barbecue Man is Back »


Je dois quand même à un moment tomber le masque. Vous dire la vérité. Assumer que j'ai une identité secrète. Mais que je ne suis pas un Avenger. Que je ne m'appelle pas non plus ClarK Kent. Et que je ne porte pas un masque d'araignée pour pourchasser les bandits la nuit.


Mon pouvoir secret est sans doute plus banal. 


Je suis Barbecue Man. Je n'ai pas encore de cape portant les initiales de BM. Mais j'oeuvre la nuit dans mon jardin même sous la pluie ou le givre.


Un barbecue Man est chargé de nourrir son prochain à force de saucisses et Chipolatat.

Je sais bien sûr que la viande c'est mal. Que la souffrance de la Chipolatat au moment de son abattage est sans doute insensée et abominable.

Mais croyez-vous qu'être un Barbecue Mal n'implique pas ce genre de supplice moral ? Se dire qu'on doit rôtir de la saucisse quoi qu'il en coute ? Qu'ainsi en ont voulu les dieux saucissiers et que par les forges de Vulcain ma place est derrière le gril ?

Bien sûr je me demande parfois d'où vient ce destin ? 

Sans doute jadis mes ancêtres Barbecue Man ont ils rôti des pieds en écumant les campagnes. On les appelait "les chauffeurs" et ces criminels ne mangeaient même pas le fruit de leur cuisson car le pied humain n'était pas à leur gout.

Moi qui suis un Barbecue Man moderne, je reste du côté de la légalité. Je ne brûle aucun pied et je n'ai aucun secret à faire avouer à mon prochain. Ceci dit maintenant que vous me le dites et parce qu'on parle pas mal de l'union de la gauche, bien laborieuse, je me demande si je ne devrais pas rotir les pieds de nos responsables nationaux pour les amener à s'entendre sur une seule candidature.

Mais comme on ne m'a rien demandé ce soir dans mon jardin je me contenterai de rotir des saucisses.

Un Barbecue Man ne connait pas de petites missions.

Flamber de la Chipolata n'attend pas.

jeudi 6 mai 2021

Giono c’était pas un zozo


 


Enfant j’ai lu Giono dans la Pléiade. C’était bien simple : c’était le seul Pléiade qu’on possédait à la maison. Ses œuvres complètes. Une sorte de talisman le Giono. Un temple méridional. Mon grand-père instituteur comme mon père conseiller d’éducation le vénéraient et en avaient fait le viatique d’une éducation sudiste et littéraire.

Bien sûr avec un tel fardeau de lecture, une telle pression émotionnelle et familiale, j’aurais pu être dégoûté de l’écrivain. Ce fut pire que ça. Giono avait la couleur chromo de mon adolescence, ses paysans, ses rémouleurs, ses patres et ses collines âpres peuplées des songes du dieu Pan, me semblaient appartenir à mon passé révolu.


J’ai remisé Giono au placard pendant trente ans. Il appartenait à cette antique Provence qui gît là-bas avec mes souvenirs d’enfant et dont on retrouve des pincées de tendres souvenirs sur la tombe de mon grand-père. 


Et puis soudain le miracle. Une amie me met Colline en main, me dit son émerveillement, elle pourtant fille du Nord de la France est devenue provençale sous la plume solaire.... et voilà qu’à mon tour je me pâme : Giono immense écrivain. Dans ce roman c’est le conte merveilleux qui s’impose : ces paysans isolés dans un hameau de la montagne de Lure vont faire face à d’étranges phénomènes inquiétants transformant ce coin isolé en un monde clôt menacé par une nature hantée. 


Hantée la Provence ? Ou est-ce le Mistral qui rend tout le monde fada ?


Quoi qu’il en soi hommage à Giono. Pour la rime facile, Giono pas du tout zozo. Giono une pépite dorée sous le soleil méridional