jeudi 25 mars 2021

Ma palissade est périssable


 « Ma Palissade est périssable »


Ma palissade est là pour arrêter le diable ou le sarrazin. Elle balise le fond de mon jardin, elle verdit sous l’outrage du temps et se penche pour arrêter le vent, mais elle continue, stoïque, à jouer les murailles miniatures, les barrières infranchissables quand « the winter is Coming » a l’heure de l’apéro. 


Ma palissade se méfie naturellement de mon voisin anglais. Il convient de se méfier de l’anglais, vos parents ne vous ont-ils jamais appris cela ? D’abord il brûla la pucelle, occupa le bordelais ou les rives de calais mais désormais c’est une autre guerre qu’il a choisi de mener armé de son variant, fieffé sournois qui tape par derrière et contourne vos lignes comme une pénalité de dernière minute au rugby. Ma palissade à l’arrêter net y veillera. 


Les hommes, et je ne fais pas exception, préfèrent enclore leur monde, les moutons ont besoin de près et de barbelés pour batifoler heureux et encadrés. Les hommes vivent mieux dans les limites de leur propriété, il leur faut tracer un chez moi et un chez vous qui ne se rencontrent pas. 


Ma palissade joue ainsi à me distinguer des autres, à me démêler du commun, à me desengluer de la gangue du vulgaire.


Et pourtant elle cède peu à peu sous la pression du temps qui fait pousser le bois de la branche en son travers, qui explose le bardeau et disloque le fier agencement de ses planches jointes.


Là où les hommes veulent un lieu clôt à eux, une protection derrière des planches, le temps les ramène à leur condition putréfiable et creuse lentement des orifices pour y guider le vent...nos mondes sont ouverts au monde et ma palissade est périssable.

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