jeudi 25 mars 2021

Joue-là comme Pappy Boyington

 « Joue là comme Pappy Boyington »


On va dire que c’est sexiste, évidemment. Mais adolescent je rêvais d’aligner les conquêtes féminines comme Pappy Boyingyon alignait les chasseurs zéros descendus dans le ciel du pacifique.


Lui le guerrier du ciel alignait les fanions sur sa carlingue.


Moi le gringalet Je rêvais de tenir décompte de mes trophées à même ma peau. J’aurais ainsi pu me délecter à jamais des souvenirs de ces instants de tendresses volés, avec consentement s’il vous plaît, à ces belles devenues mes moitiés, mes compléments, mes aimées dénombrées.


Il fallut bien une première sur le premier rang du décompte du deniaisé de l’amour. 


En ce temps-là mes camarades avaient des Giresse et des Platini(s) en vignettes Panini. Des rangs entiers d’autocollants. 


Je rêvais de Michèle et de Karine en décalcomanie sur mes avant-bras, tel un Popeye des alpes aux figures féminines en guise d’ancre de Marine.


Conquérir c’était vaincre d’abord ses appréhensions, comme le pilote de cuir vêtu monte aux commandes d’un Corsaire ventru de ses bombes et hargneux de ses canons chargés et doit domestiquer la bête sous son manche.


Point n’est besoin de trop de métaphores sexuelles : l’objet de convoitise adolescente c’etait cet Autre lointain qui tel l’Atoll des têtes brûlés est une île isolée aux promesses d’oasis des mers du Sud.


Et je tirais sur le manche tant que je pouvais et mon bel oiseau s’élevait dans le ciel, et Pappy volait et je voyais la proie dans le soleil aveuglant et elle filant dans le vent loin du nez de mon appareil.


La carlingue resta longtemps vierge de fanion, mon avant bras s’ornait de poils drus vierge de trophees en decalcomanie.


Puis il y en eu une enfin qui décora le bras et réchauffa le cœur du guerrier gringualet par la même occasion. 


Je pus dès lors la jouer comme Pappy Boyington.


Tête et cœur brûlés par l’amour.


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